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Une décision est sur le point d’être prise : fermer une classe voire toute l’école Libération (voir Sud Ouest du 28 mars).
Je ne m’étendrai pas sur toutes les raisons, que je partage, qui incitent à résister à la fermeture, totale ou partielle, de cette école. Elles relèvent de mes convictions personnelles.
Celles-ci sont avivées par l’attachement que j’ai à ce quartier de Rochefort, situé dans « l’entre deux » à bien des titres, à la lisière de la précarité ou dans la pauvreté, entre Rochefort et Tonnay, entre la Charente et les marais, entre les sédentaires et les gens du voyage. Ce quartier réclamait déjà notre attention et il la réclame encore plus après le passage de Xynthia. Il serait donc particulièrement injuste qu’entre deux opérations d’urbanisme (destruction de 40 logements cet automne, ouverture de 40 logements nouveaux à la rentrée prochaine) soit prise dans la précipitation une décision préjudiciable pour le quartier et pour sa vie.
C’est en tant que professionnel de la culture que je souhaite apporter surtout ma contribution à la résistance et au débat. L’école Libération, grâce en particulier au dynamisme et à la curiosité de son directeur, est devenue depuis près de dix ans un partenaire privilégié de La Coupe d’Or. Les sorties régulières des enfants aux spectacles, au rythme de trois par an, ont été un point de départ. Interventions d’artistes dans les classes, opérations d’aide à la parentalité pour que les familles puissent aller voir des spectacles sous chapiteau, programmation en décembre 2010 puis en mai 2012 d’un spectacle dans les locaux du centre social du quartier Libération, avec l’appui et le relais des habitants… : tout cela n’aurait pas été possible sans la confiance des enseignants qui ont permis de tisser les premiers liens avec la population et la vie du quartier.
L’école Libération, au-delà de ce que nous avons pu faire pour les enfants et les habitants du quartier, nous a aidé à mieux faire vivre cette place de la culture que nous souhaitons mettre en avant aujourd’hui. En complément du social, la culture apporte une façon de se rassembler autour d’émotions partagées qui sont aussi l’occasion de porter un regard nouveau sur le monde. Elle permet de « faire société ». En complément de l’instruction, elle met en perspective les savoirs autour de situations vécues. En complément de l’urbanisme, elle relaie, à travers les rendez-vous qu’elle propose et les trajectoires qu’elle initie, une autre perception de la géographie du territoire.
Un article récent mettait en avant le fait qu’une école est, avec l’hôpital (ce qui est moins régulier et moins gai), l’endroit où les différents groupes qui composent notre société sont appelés à se croiser, à mieux se connaître et à se rencontrer (« L’Ecole, un des derniers lieux de brassage social », Libération du mardi 27 mars 2012). La cruauté de la crise que nous vivons, au-delà des souffrances du chômage, est qu’elle frappe prioritairement les équipements publics et les politiques publiques mises au service des plus faibles et des plus pauvres. En affaiblissant l’école Libération, c’est un relais de la vie culturelle, un ferment de l’avenir d’un quartier, c’est Rochefort qu’on affaiblirait encore.
A suivre…
Vincent Léandri.
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