A noter

L'équipe de La Coupe d'Or vous souhaite un bel été. Rendez-vous jeudi 7 sept. à 20h30 pour la présentation de saison.

La tempérance : une vertu pour aujourd'hui

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La tempérance : une vertu pour aujourd'hui

 

Nous nous sommes pris au jeu, depuis 5 ans, de placer chaque saison sous le signe d'une vertu, en parcourant ainsi les sept vertus célestes et terrestres qui ont nourri la réflexion philosophique de l'antiquité puis de la chrétienté. Le personnage de Richard III, excessif en tout jusqu'à la monstruosité, nous a conduit à jeter notre dévolu sur une vertu qui pouvait sembler hors d'âge. A l'heure de l'immédiateté et de la course aux satisfactions individuelles, la tempérance pouvait être trouvée désuette.

 

Il n'est pas question pour nous de descendre dans la tribune politique au moment des choix citoyens, ce n'est ni notre envie ni notre vocation. Mais la plaquette de saison indiquait d'emblée la préférence pour la tempérance aux leurres de l'apaisement.

 

Et de tempérence, il fut justement question coup sur coup dans les informations que j'ai suivies dernièrement, les 24 et 25 avril. Non sans gravité, puis qu'elle apparaît dans l'hommage rendu par son compagnon au policier assassiné sur les Champs Elysées :

http://www.liberation.fr/france/2017/04/25/etienne-cardiles-compagnon-du-policier-assassine-sur-les-champs-elysees-veillons-a-la-paix_1565253

 

Elle apparaît aussi, à deux reprises, dans le dialogue avec le philosophe Frédéric Worms diffusé sur France culture (la première à 15:22 pour ceux qui sont pressés !) :

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/apres-le-premier-tour-comment-se-porte-notre-democratie-le-diagnostic

 

Au début de ce mois de mai très musical, je formule le voeu de moeurs plus douces, d'ouverture à la diversité des situations et des êtres, qui conduise à faire la part des choses…

 

Vincent Léandri - 05/05/2017

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Chers lecteurs, chers spectateurs,

 

Que l'année qui commence vous soit belle et surtout, qu'elle puisse, au-delà des bonheurs personnels que je vous souhaite, vous apporter quelques lumineux plaisirs collectifs, empreints de tolérance et de respect, parmi lesquels : le rire. Et puisque le vaillant Jérôme Rouger, dans le spectacle qu'il vient de créer dans nos murs, se permet de s'adresser à moi à plusieurs reprises en présence de toute l'assistance, je me permet de m'adresser à lui dans la présente tribune, en présence de vous tous.

 

"Mon cher Jérôme,

 

Je suis très heureux qu'hier soir tu sois paru en pleine forme et que tu aies pu surmonter vaillamment l'écueil de la seconde représentation, où tant d'artistes avant toi ont pu sombrer dans un relâchement coupable. Je l'avouerai, pour des raisons que je dois d'ailleurs élucider bientôt dans cette tribune, j'étais présent pour accueillir le public et pour le pot offert aux spectateurs, mais je n'étais pas dans la salle. J'imagine donc qu'encore une fois, tu as dû me faire porter le chapeau de certaines choses qu'apparemment tu ne veux pas assumer, ce qui, encore une fois, a dû faire rire l'assistance.

 

Ma conviction n'en reste pas moins entamée qu'au fond tu es un homme bon, mais qu'une certaine forme de méchanceté peut s'emparer de toi quand tu es sur le plateau. Je te donne donc à lire l'article dont je t'ai parlé, au lien suivant :

http://next.liberation.fr/livres/2016/12/23/la-culture-decoule-d-un-phenomene-matriciel-primitif-fondamental-le-rire_1537204

 

J'aime en particulier cette phrase, que "le rire est de la méchanceté transformée in extremis en gentillesse". Il me semble que cela devrait suffire à te convaincre de te définir entièrement comme humoriste, pour reprendre le fil d'une conversation que nous avions eue en Avignon, puis l'année d'après (il y a deux ans déjà), en dégustant ensemble les délicieux pieds de cochon du festival de Brioux sur Boutonne (festival de théâtre, pas de gastronomie, mais quand même).

 

Je trouve que l'humour est une chose trop délicate et précieuse pour qu'une fois qu'on a le talent de l'obtenir, il soit mis au service d'idées basses. J'aime qu'il soit pratiqué par des mathématiciens car, si le bon Bergson est dénigré dans l'article que je te donne à lire, il a au moins raison en ce sens qu'il réclame une précision mécanique. C'est bien ce que tu as visé dans ce spectacle regorgeant d'idées, où tu as eu le courage de ne pas tout dire et de faire des coupes, auquel je souhaite longue vie tant il est prometteur comme un beau fruit qui vient de naître.

 

Tout ceci et le principe que "sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur", m'amène à regretter qu'on trouve dans la feuille de soirée de La Coupe d'Or, que les spectacles de la Martingale (ta compagnie) parlent "d'identité". Je te renvoie donc à un autre philosophe dont la lecture m'a ravi : François Jullien à qui on doit un très beau petit livre, facile à lire, paru il y a quelques mois aux éditions de l'Herne. Il s'intitule : Il n'y a pas d'identité culturelle. Je crois que tu peux le lire. Car si j'ai la libéralité de ne pas relire (encore moins de censurer) les feuilles de soirées avant qu'elles ne soient données aux spectateurs, ce petit livre, je l'ai lu, et avec beaucoup de plaisir.

 

Je t'embrasse et te laisse te concentrer pour tout à l'heure, avec l'espoir que tu seras encore meilleur ce soir, et aussi demain soir.

 

Vincent." - 12/01/2017

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A table !

Chers spectateurs,

 

Au moment où vous vous apprêtez à régaler vos papilles, je vous offre de quoi réjouir vos oreilles. Le temps me manque pour vous dire quelques mots sur les abondances de ce premier trimestre que nous venons d'achever. Des notations et réflexions viendront. On dit beaucoup de choses sur l'âge, ce n'est pourtant pas toujours lui qui apporte la tempérance.

J'ai en revanche été ébloui à entendre lundi 12 décembre dernier midi Edgar Morin sur France Culture. Du haut de ses 90 ans, il distille beaucoup de malice et depuis son parcours philosophique impressionnant, il rend quelques émouvants hommages, en restituant ce que représentent pour lui les émotions artistiques qui ont jalonné sa vie.

Tout est à savourer dans ce temps de dialogue qu'on doit à l'émission La Grande Table, de France Culture, et dont voici le lien :

 

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/quest-ce-que-le-genie-createur

 

Puisse le génie créateur dont il est question nous abriter de son aile l'année qui vient, et puisse l'état d'exaltation dont Edgar Morin parle, sans lequel rien de profond ne se conçoit, nous visiter tous dans les moments précieux que nous avons à vivre, et dans les émotions qui nous attendent.

 

Belles fêtes

 

Vincent Léandri - 19/12/2016

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La saison se déroule à l’intérieur d’une conversation.

Sans le savoir vraiment, on se passe le mot. Des messages se transmettent. Des expériences se confortent.

Je veux parler d’une spécialité « Coupe d’Or ». Depuis plusieurs années, nous développons une formule dans l’approfondissement de nos liens avec le monde scolaire : « les Sorties cavalières ». Un artiste intervient dans une classe quinze jours avant la venue au spectacle, l’atelier dure deux heures, chacun doit participer. Il s’agit soit d’un artiste de la compagnie accueillie, soit d’un artiste de notre territoire avec qui nous approfondissons les liens et qui, outre son parcours créateur, a une bonne connaissance de notre programmation et de notre projet.

Initialement, la formule est conçue pour le théâtre. Le principe est de s’approprier un bref extrait de texte théâtral, et de sentir toutes les possibilités de jeu qu’il recèle. Il s’agit aussi d’expérimenter une ou plusieurs caractéristiques de l’approche créatrice du spectacle.

Hier soir, à l’issue de la deuxième représentation de Septem, d’Amine Boussa, deux danseuses étaient sur le parvis du théâtre à la sortie du pot offert au public et la conversation se prolongeait avec des collégiens de Tonnay-Charente. L’une évoquait la « mise en chorégraphie » de l’atelier, la confiance donnée aux élèves pour qu’ils construisent leur propre chorégraphie à partir des schémas de départ de l’écriture du spectacle : un cercle, une personne au centre, une explosion d’énergie. On s’arrête aux propositions qui conviennent à tous les élèves interprètes. Un moment de silence. Il dure le temps qu’on juge nécessaire. Et au moment du spectacle, surprise. L’explosion d’énergie dépasse ce qu’on avait imaginé, et le silence dure beaucoup plus longtemps qu’on aurait osé se permettre.

Une autre danseuse ne parlait pas d’art, mais plus généralement de la vie. Elle disait qu’on imagine pas tous les possibles qui nous sont offert, autant qu’on ne soupçonne pas toutes les formes d’expression qui sont à la disposition d’un interprète sur un plateau de théâtre.

« Tout est sommeil autour de nous », si la création ne vient pas éclairer la réalité de son rayon poétique, écrivait Matisse dans ses Propos sur l’art. J’ai lu récemment les termes du Ministère de l’Education nationale sur les parcours culturels. C’est écrit en français mais je n’ai pas le sentiment d’avoir compris. C’est sans âme, et donc sans art. Ça sonne comme une bondieuserie, ce qui me semble l’antithèse de la vraie foi. Il n’y a pas pour moi dans ces préceptes la dimension de l’expérience.

L’expérience, c’est la vie, c’est voir ressurgir dans une conversation spontanée des hypothèses de départ mises au point dans un autre contexte, et bien des années plus tôt.

On me parle aussi des prises de paroles que j’ai au début des spectacles. Jean Lambert-wild (metteur en scène et interprète du rôle éponyme de Richard III) m’en remerciait, car pour lui elle crée l’écoute, elle assure une transition entre le monde du dehors et celui de l’intérieur, celui de la grotte qui est l’antre du théâtre. Pour cette traduction aigüe et ciselée, où la puissance verbale reflète la puissance physique, l’énergie fondamentale du drame, l’appel à une conscience intuitive supérieure à la perception intellectuelle, où l’on retrouve donc du Nietzsche avant l’heure, il faut une disponibilité. J’ai passé le spectacle au parterre à côté d’un lycéen, parfaitement immobile et concentré tout du long. Les « Sorties cavalières » apportent une implication du spectateur, une aptitude à recevoir, une énergie perceptive qui souvent nous fait défaut, à nous adultes qui venons nous asseoir devant la scène après une longue journée de travail. Je m’inquiète donc que moins de lycéens bénéficient de nos « Sorties cavalières ». Au Lycée Merleau Ponty, on nous explique qu’il n’y a plus de crédits de la Région pour les financer. J’ai besoin d’y voir plus clair. Et qu’on trouve très vite des solutions.

Dans ma prise de parole d’hier soir, il m’a semblé bien de parler d’un petit nombre spectateurs que nous avons accueilli pour une expérience inédite. Il s’agit d’aveugles ou de déficients visuels qui ont bénéficié d’une audio description spécialement conçue pour le spectacle, et qui étaient installés au premier rang, de manière à sentir le mouvement et l’énergie des sept danseuses. C’était la seconde fois que nous accueillions cette initiative de l’association Accès, avec le soutien reconduit de la fondation RAZ. Le fait d’en avoir parlé a piqué la curiosité de plusieurs spectateurs qui sont venus vers moi à la sortie du spectacle. En fait, cette expérience apparemment improbable, est porteuse de richesses insoupçonnées, à condition d’accepter le principe de la curiosité. Valérie, au sein de notre équipe, a mis en avant l’intérêt qu’il y a pour un spectateur bien voyant de faire aussi l’expérience de voir le spectacle avec le casque. Amine, le chorégraphe, s’est passionné à dialoguer avec le réalisateur de l’audio description en amont du spectacle, à chercher les expressions justes qui puissent décrire et révéler le mouvement sans l’enfermer dans une signification trop explicite qui en déformerait le sens. Nul doute que cette audio description soit elle-même un geste artistique. En tout cas, elle apporte une joie à ceux qui ne peuvent pas voir ou peinte à voir, et il est bien de le faire savoir.

 

Voici longtemps que je n’avais pas conversé sur le site internet du théâtre. La fatigue qui guette (j’y reviendrai j’espère bientôt) était sans doute une raison. A déployer trop d’énergie à maintenir l’activité, on perd de vue d’en exposer le sens. Mais il y a une autre raison, plus profonde, plus générale, plus triste. La violence des attentats, ce qu’elle signifie autant que le flot de réactions qu’elle suscite, ne produit pas en moi autre chose que du silence, une tendance au retrait. Mon penchant va pour la culture qui instille des joies dans la quotidienneté, et c’est peut-être aussi pourquoi je suis heureux d’œuvrer dans un théâtre qui arbore une façade de maison, et qui laisse à l’église et au temple de notre cité le soin d’avoir une façade de théâtre. De même que je crois plus à la religion dans la culture plutôt que sans – « il faut savoir adorer les dieux de loin », disait Confucius -, je penche plus pour une vie culturelle qui s’installe dans la régularité que dans le surgissement des temps forts et parmi l’exacerbation des émotions. Je pense que nous avons besoin de calme et de recul. Une conversation n’a pas lieu sans quelque chose de feutré, sans que soient réunies les conditions d’une bonne écoute. C’est là sans doute une caractéristique essentielle de la « tempérance », qui est l’emblème de notre saison.

 

Vincent Léandri - 21/10/2016

 

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Derrière l'actualité, et l'occupation du théâtre de l'Odéon, d'autres enjeux moins faciles à restituer par les média sont en train de ce décider. Je n'entrerai pas dans les aspects techniques. Il convient simplement d'exposer que suite à la dernière crise, ce sont les représentants des employeurs du spectacle vivant et de l'audiovisuel et les représentants des salariés du secteur, qui négocient directement, et non le MEDEF et les représentants syndicaux des salariés à l'UNEDIC. Cette négociation peut aboutir d'ici jeudi. Si elle n'aboutit pas, ce sera à nouveau le MEDEF et les représentants interprofessionnels qui reprendront la main. On a vu ce que ça a donné précédemment. Alors même que les discussions, que nous suivons pas à pas, permettent de conjuguer la réalisation d'économies avec l'amélioration des droits, et plus de justice. Voici un extrait du communiqué du SYNDEAC à ses adhérents :

 

L’ensemble des redistributions et des contributions nouvelles auquel nous arrivons représente un équilibre radicalement différent qui effectue pourtant une économie générale. Tant mieux.

 

Nous sommes peut-être sur le point de démontrer qu’il est possible d’élargir le nombre des bénéficiaires, et d’être plus équitables dans la redistribution des droits.

 

Nous sommes peut-être sur le point de démontrer l’expertise et la responsabilité de notre secteur.

 

Si la journée de demain s’achevait sur un constat de désaccord, il faudrait s’en remettre à nouveau aux arbitrages des gestionnaires de l’Unédic, avec les dangers que nous connaissons tous.

 

Vincent Léandri - 26/04/2016

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Nouvelles de la traversée, 3.

Une fin de saison à La Coupe d’Or sur la rive des pratiques amateurs

Cette tribune est restée silencieuse quelques temps. L’actualité a conduit à laisser plutôt la parole aux artistes, aux spectacles, et sa place à l’émotion qui a marqué les sensibilités dans tout le pays depuis le mois de janvier. Le temps va venir des bilans, de faire le point sur La Coupe d’Or, de parler de son avenir ou des interrogations concernant son avenir. Mais dans l’immédiat, essayons de mieux faire savoir ce que nous faisons. Revenons en particulier sur une chose qui nous est dite depuis bien des mois, dont les attentes ou les présupposés ne sont pas forcément très explicites : « on aimerait vous voir travailler avec des amateurs ».

 

Est-ce que nous serions perçus comme « élitistes », voire coupés du monde, au prétexte que nous travaillons en lien avec des artistes professionnels ? Avec ceux qui, d’après nos repérages en région et au niveau national, nos recoupements et nos explorations, sont en train de renouveler et de réinventer le paysage de leur art à la lumière du monde d’aujourd’hui ? Evidemment, leur démarche va à l’encontre des conformismes et des clichés, elle bouscule un peu notre « chez nous », elle sollicite notre curiosité, elle demande de quitter nos petites cases d’analyse et nos vieilles grilles de pensées…

 

Si l’attente de nous voir travailler avec des amateurs tient à une réticence à l’égard des aventures de la création professionnelle, que seuls ceux qui ont la chance de vivre de leur art ont la possibilité de faire avancer dans le sens d’un renouvellement des formes et des contenus, disons-le tout net, ce n’est pas notre pari.

 

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Notre envie depuis longtemps, c’est de tisser des passerelles entre travail professionnel et activités amateurs, qu’il s’agisse aussi bien des pratiques existantes, des compagnies ou des groupes amateurs qui s’engagent beaucoup, que de personnes invitées, souvent pour la première fois de leur vie, à découvrir l’art par la pratique.

 

L’art intimide, il faut s’y frotter pour l’aimer. Partager une aventure avec des artistes professionnels, c’est un moyen de découvrir la force de l’art, son énergie, son exigence. L’engagement amateur, autant que la fréquentation des artistes, peut donc aider à franchir un pas vers la découverte et la curiosité artistiques. Il se trouve que faire place à des amateurs dans une création professionnelle est aussi de plus en plus, pour beaucoup d’artistes, une façon de régénérer la création, de la faire sortir du carcan institutionnel, de la mettre en lien direct avec le monde d’aujourd’hui. Le film La Loi du marché, qui rencontre un écho particulier en ce moment, fait de la même façon appel à des comédiens non professionnels. En danse également, on se lasse des corps formatés par le travail académique, on veut s’émouvoir autrement, ce qui est encore la prémisse d’un autre regard sur la vie de tous les jours…

 

Pour ceux qui veulent prendre le temps, voici deux articles récents parus dans Libération, qui montrent que l’intégration des pratiques amateurs dans les démarches créatrices est une préoccupation actuelle :

 

http://www.liberation.fr/culture/2015/03/23/les-amateurs-a-pied-d-oeuvres_1226838

 

http://www.liberation.fr/culture/2015/05/29/babell-esprit-decorps_1319272

 

La remarque du Maire de Rochefort en sortant de Elle brûle, de Caroline Guiela Nguyen, de savoir s’il y avait un lien avec le théâtre amateur, repose sur une intuition juste. C’est précisément un souhait de la metteuse en scène, d’intégrer à ses mises en scènes des artistes qu’elle a rencontrés lors d’ateliers, loin des parcours de formation traditionnels. Ces nouveaux professionnels venus d’ailleurs partagent ainsi le plateau avec des artistes issus des meilleures écoles, en particulier celle du Théâtre National de Strasbourg. De même, le Surnatural orchestra ou la Campagnie des Musiques à Ouïr de Denis Charolles, mettent un point d’honneur à mêler des virtuoses issus de la redoutable classe de jazz du CNSM à Paris, avec des autodidactes…

 

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Et dans tout ça, que fait La Coupe d’Or ? Plus qu’elle ne l’a jamais fait, elle ouvre l’accès de la scène du théâtre à l’italienne, dans des conditions professionnelles, à son plateau. Reprenons.

 

- 32 amateurs ont constitué le chœur de Village toxique, avec Anne Marcel et Nicolas Bonneau. Au-delà du lien qui peut être fait entre le récit et ce que vit notre territoire en ce moment, les spectateurs ont été remués par cette forme d’émotion particulière qui se dégage d’une parole portée en commun, de gestes simples faits au même moment. « Nous ne sommes pas des héros » raconte le spectacle à son début et à sa fin. Le monde appartient à ceux qui agissent, comme le plateau d’un théâtre n’est pas réservé à ceux qui pour en vivre, ont besoin de se distinguer par leur talent.

 

- Plus de 50 amateurs ont pris part au concert sandwich de Thomas de Pourquery, un groupe du lycée Merleau Ponty, du collège La Fayette, un groupe de l’Ecole de musique accompagné par les enseignants de saxophone et d’accordéon, et un groupe de rugbymen. Le concert du midi avait son rythme, ses contrastes, son univers, il faisait voyager. Et la clôture du concert du soir, quand le rideau du lointain s’est levé après une prestation mémorable du Play Sun Ra, galvanisé par la réponse du public, est un moment inoubliable pour tous ceux qui l’ont vécu. 50 choristes et instrumentistes apparus soudain en fond de scène se sont lancés, les musiciens jouaient pour les deux fronts, la salle chantait ou applaudissait en réponse… Ceux qui n’ont pas pu voir ni entendre peuvent se rattraper avec un extrait filmé disponible sur notre site.

 

- Ces derniers jours, le théâtre fut rempli deux fois pour des présentations de travaux d’élèves d’une classe du collège Grimaux un premier soir, puis de deux classes des collèges Pierre Loti et La Fayette un second soir. Les ateliers étaient conduits par des intervenants professionnels actifs sur notre territoire : Laurence Martineau et Cathy Lejeune. Le travail proposé tissait des liens avec des spectacles de la saison. C’était aussi l’occasion, pour plusieurs familles, de se rendre pour la première fois dans le beau lieu.

 

- Dans quelques jours, le groupe danse des Aventures du plateau, qui atteint le record exceptionnel de 22 inscrits, présentera aux relais de La Coupe d’Or un lever de rideau.

 

Près de 170 personnes au total ont eu la possibilité de s’exprimer sur la scène du théâtre à l’italienne entre le 15 mai et le 15 juin. Le nombre ne fait pas tout et il ne sera sans doute pas possible d’accueillir autant de monde chaque saison. La dimension de qualité et de durée doit être aussi prise en compte. Les échanges réguliers avec Thomas de Pourquery, rencontré une fois par trimestre à Rochefort, ont été étoffés par le travail des enseignants, de même que les interventions des artistes en collèges. D’une année sur l’autre, le chorégraphe rochelais Toufik Oudrhiri Idrissi poursuit un chemin qui permet de donner une spontanéité.

 

D’une année sur l’autre, des échanges se construisent avec le réseau TEC TAP, qui regroupe la majorité des compagnies théâtrales du territoire. Ils donnent lieu à l’organisation de sorties aux spectacles, à des rencontres spécifiques avec des artistes de la saison. Ils prouvent que l’élan de la curiosité, le désir de création, se retrouvent également parmi les amateurs. Une formation technique spécifique, adaptée aux caractéristiques des équipements et des lieux où se produisent les compagnies amateurs, est actuellement préparée conjointement par La Coupe d’Or et TEC TAP.

 

Monter sur une scène comme celle de La Coupe d’Or nécessite un engagement, une préparation et une maturation que les professionnels, artistes, techniciens, médiateurs, enseignants, chefs d’établissements, sont là pour soutenir.

 

Merci par conséquent à tous ceux qui ont fait le pari d’une forme d’expression différente, que leur métier soit d’être artistes ou accompagnateurs d’artistes, et merci aux 170 compagnons d’artistes, de tous âges, qui nous ont suivi. Ils montrent qu’un projet artistique soudant une équipe professionnelle pour animer un lieu de spectacle et un territoire, ne s’en tient pas à la rencontre entre artistes et publics, qu’il y a un élargissement pour aller au-devant d’autres habitants. Ils montrent que le professionnalisme n’est pas un enfermement, une splendide solitude, mais un ressort irremplaçable de compétences nécessaires pour construire des partenariats et du lien, ouvertures qui tiennent tout particulièrement à La Coupe d’Or.

Vincent Léandri - 03/06/2015

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Nouvelles de la traversée, 2.

Je viens d'avoir une chance peu commune pour qui n'est pas artiste : voir un spectacle depuis la scène ! C'était à Paris, quelques rangs de fauteuils avaient été rajoutés sur le plateau, en plein milieu de l'espace de jeu. Moi qui aime particulierement voir les interprètes de près, je ne me suis pas seulement régalé à la vue du spectacle… J'ai pris un plaisir accru par rapport à celui que j'ai souvent à Rochefort en m'installant aux balcons, j'ai pu apprécier les attitudes et la concentration des uns et des autres, une autre narration, miroir de l'histoire donnée en partage. A n'en pas douter, les comédiens, tous les artistes se nourrissent de telles réactions, de telles présences, qui sont l'accomplissement de leur travail. 
Au moment de vous souhaiter d'excellentes fêtes, c'est en effet de vous que j'ai envie de parler.
Le nombre ne fait pas tout. C'est encore l'ambiance particulière de chaque représentation, la qualité du partage, la force de l'échange muet qui se produit entre nous et avec les artistes, qui font la vie de notre Théâtre. Voilà pour moi la meilleure évaluation, le "critère d'efficacité".
Quelqu'un m'a demandé récemment quel témoignage concret je pouvais donner, au-delà du "jamais vu un public pareil ! " qui avait circulé sur Internet à l'issue des Trois folles journées de Beaumarchais, sous la plus de la comédienne Camille Maupeu. Voici donc quelques paroles récentes. Celle de William Valet, qui a joué le dimanche O temps d'O malgré sa blessure à la cheville : il confiait n'avoir jamais eu autant de plaisir de jouer en matinées scolaires. De fait, celles-ci sont de plus en plus préparées, avec l'envoi de dossiers pédagogiques à l'intention des enseignants, avec la venue d'artistes dans les classes pour permettre à chaque élève d'expérimenter lui-même des problématiques ou des enjeux du spectacle qu'il va voir ensuite.
La propos de Joanna Faye, danseuse de L'Inizio, retrace la spécificité architecturale du lieu, le rapport scène / salle exceptionnel, avec l'impression, disait-elle "d'avoir le corps entièrement recouvert de regards", d'être enveloppée, pas seulement exposée…
Thomas de Pourquery, lors d'une soirée où la présence de la jeunesse en a étonné plus d'un, disait qu'il sentait la présence du public dans les gestes de ses mains, en particulier au moment où il chantait du Nougaro ou nous restituait de la poésie sous le piano vagabond d'Andy Emler.
Sait-on suiffisamment que La Coupe d'Or, c'est une façon originale et singulière d'être ensemble ? Un moment de partage avec les artistes à l'issue du spectacle, autour d'un verre ? Une facilité à échanger avec ceux qu'on ne connaît pas, parce qu'on est proche les uns des autres ? Sait-on que nous veillons avec beaucoup de soin à la disposition des spectateurs dans la salle, à la qualité du mélange, à faire que les abonnés ne se trouvent pas d'un côté, et les occasionnels de l'autre ?
Voilà qui crée et renforce une attente, voilà qui se sait parmi les artistes qui s'apprêtent à venir jouer à Rochefort… C'est ce qui disait Olivier Martin-Salvan en sortant de Bigre : "il faut faire quelque chose pour ce public".
En attendant la fin de la pause hivernal, un petit conseil de lecture : Pierre Le Coz, Le Gouvernement des émotions… et l'art de déjouer les manipulations, chez Albin Michel. Aux émotions mises au service de la vitesse et de l'exhibition de soi, l'auteur ne voit pas de meilleur contrepoison que les émotion qui exaltent la sensibilité partagée, qui nous protègent, nous régénèrent, et stimulent notre sagesse.
Les spectacles, les oeuvres d'art ne peuvent se défaire de l'aspiration à changer le monde, à rendre le spectateur meilleur.
Très bonnes fin d'année à vous, placée sous le signe de cette espérance renouvelée !
Vincent Léandri - 22 /12/2014

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Nouvelles de la traversée, 1.

D'hier soir à Marennes, je retire une image singulière. Celle des enfants qui s'étaient assis en tailleur sur le bord de la scène de la Salle d'animation et de loisir pour bien voir l'orchestre (ce dernier étant par la force des choses installé dans la salle, les chaises tout autour ne permettant pas aux rangées éloignées de bien le voir). Au moment du mouvement lent de la 7e symphonie de Beethoven, ils se sont mis à reproduire les gestes qu'ils avaient appris en classe pour s'approprier le rythme en le décomposant. Leur petite chorégraphie silencieuse était reproduite de l'autre côté par un groupe assis par terre, toujours pour mieux voir l'orchestre, où les garçons étaient plus nombreux. Plusieurs parents étaient venus également, dans le cadre de l'opération que nous avons montée. Nous avons en effet voulu prolonger l'initiative de la Ville de Marennes, qui a souhaité faire venir l'animatrice de l'Orchestre pour sensibiliser les enfants d'une classes et de l'école de musique à la musique symphonique.

Contrairement à ce que nous avions longtemps craint, la salle était pleine et il ne devait rester en tout et pour tout qu'une dizaine de places inoccupées. Plusieurs Marennais, mais aussi des musiciens de l'Orchestre, se sont réjouis de ce regain d'affluence et de vie. Et ce n'était pas seulement le fait de plusieurs fidèles qui, heureux de pouvoir entendre l'Orchestre une fois de plus, on fait le déplacement parfois de fort loin. C'étaient beaucoup d'habitants qu'on ne voit pas à Rochefort, pleins d'une ferveur de découverte. Près de moi, une dame était debout, et dansait discrètement en entendant Beethoven.

Le son de Marc Coppey dans le concerto était sublime. Pour Beethoven, il est venu rejoindre le pupitre des violoncelle au lieu d'aller se reposer dans sa loge comme il aurait pu le faire. Façon de faire si simple, naturelle et généreuse, que je n'avais pas encore remarquée chez un soliste. Je l'ai vu après le concert partir dans la même voiture que Jean-François Heisser, plaisantant en français et en allemand comme deux vieux amis…

Quelqu'un me demandait quel sens il y avait de faire venir l'orchestre dans cette salle dans le cadre de la programmation de La Coupe d'Or. Il y a pour moi beaucoup de sens. Tout d'abord, de continuer ce qui a été fait depuis plus de 10 ans à Marennes, avec le soutien des municipalités successives, pour qu'un orchestre de qualité puisse se rendre régulièrement, en saison, sur le territoire. Il y a du sens à ce que La Coupe d'Or apporte ses moyens professionnels pour que le partage s'élargisse, en informant, en incitant, en mettant en valeur les initiatives qui permettent le renouvellement et l'élargissement des publics. A ce titre, il est bon de rappeler qu'un abonnement spécifique lié à la programmation à Marennes a été mis en place, pour faire jouer l'avantage de proximité. C'est un soutien au fait que l'Orchestre peut avoir des racines très concrètes hors des grandes agglomérations de notre région. Enfin, c'est une façon de montrer à tous que le théâtre à l'italienne de La Coupe d'Or est bien entendu un endroit merveilleux, mais que le partage qu'il permet, c'est une façon d'être ensemble, une générosité des artistes autant que des publics. L'Orchestre garde un souvenir inoubliable des années passées à venir au Gymnase de la Vieille forme à Rochefort. Ce n'était confortable pour personne, bien moins qu'à la Salle d'animation et de loisir de Marennes, qui est très bien. Mais c'était un pas de côté qui nous a aidé à voir les choses autrement. C'est justement cela, l'espérance. On appelle cela aussi, la culture.

A l'heure où chacun pourrait vouloir s'enfermer dans son particularisme, il est des singularités qu'il est bon de faire savoir.

Pour cette raison, je reviendrai très vite vers vous pour vous narrer d'autres moments de la saison.

Elle en regorge déjà de si précieux.

Elle témoigne de tant d'élan et de curiosité, qu'il est impératif de le faire bien savoir.

 

Vincent Léandri 28/11/2014

 

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Notre musique est dans l'air du temps...

Discerner aujourd'hui ce qui demain paraîtra évident. La formule est d'un économiste. A défaut de trouver une issue aux crises matérielles, ressourçons-nous en musique pour aller au-devant du futur ! Si l'on en croit les médias, les paris que nous avons fait sont reconnus largement...

 

En mai dernier, Libération tissait un pont entre nos deux saisons jazz. La sélection "Album de famille", en six recommandations (édition du 25 mai), retenait deux enregistrements jazz. Le Trio Rusconi, que vous avez pu entendre en février 2014, et le Kubic's Cure de Pierrick Pedron, que vous pourrez entendre le jeudi 16 octobre prochain.

Le jazz évolue. Il se métamorphose sans cesse et, s'il s'affranchit régulièrement du swing, il use de la sophistication et de l'invention rythmique. Il envoûte. Des sensations fortes avec un vif parfum de revenez-y vous attendent autour de Cure, le groupe mythique emblématique de la new wave...

 

Autre figure que pour ma part je ne connaissais pas, et que j'ai découverte avec le génial saxophoniste chanteur Thomas de Pourquery, avec qui nous avons trois rendez-vous cette saison : le compositeur pianiste Sun Ra. Depuis l'enregistrement de Thomas de Pourquery, Supersonic play Sun Ra, Victoire de la musique, je n'arrête pas de rencontrer la figure de Sun Ra. Voici quelques liens qui vous permettront de mieux apprécier ce musicien futuriste, aux costumes délirants et aux enthousiasmes de sciences fiction. Un article récent et un pod cast de France Culture (émission Mauvais genre, passer les 20 premières minutes pour arriver au sujet) ; j'y ajoute une brève interview vignette d'Aude Lavigne sur France culture. Aude devrait croquer des portraits de musiciens plus souvent : son oreille est manifestement fine...

 

http://next.liberation.fr/musique/2014/08/19/sun-ra-soleil-noir-savoir-s...

 

http://www.franceculture.fr/tags/play-sun-ra

 

http://www.franceculture.fr/emission-mauvais-genres-space-is-the-place-s...

 

et pour finir, dans un autre registre, l'enregistrement d'Amandine Beyer autour de Couperin et des Apothéoses sort ce mois-ci. "choc du monde de la musique", "diapason d'or"… il est couronné de lauriers. Amandine Beyer est qualifiée "d'archange de l'archet" dans la plaquette du théâtre de la Ville à Paris. ça lui va bien.

 

Au plaisir donc des musiques partagées !

 

Vincent Léandri 03/09/2014

 

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A lire : la lettre d'Arnaud Meunier, metteur en scène et directeur de La Comédie de Saint Etienne

 

Je connais peu Arnaud Meunier, je l'avais croisé une fois aux côtés de Benoît Lambert et je suis très curieux de découvrir son travail de metteur en scène, dont j'ai beaucoup entendu parler. Sa parole de directeur de théâtre, à l'écoute de la société et des conditions des artistes, me semble d'une remarquable justesse et d'un extrême respect, autant du lecteur que de ceux qu'il défend. J'espère que vous partagerez mes sensations. VL

 

« Chères spectatrices, Chers spectateurs,

 

Les idées reçues les plus grossières circulent ces jours-ci sur le monde de la culture en général et sur le régime de l’intermittence en particulier. En tant qu’artiste et en tant que directeur d’institution, il me semble aujourd’hui important de m’adresser directement à vous.

 

Non, les intermittents ne sont pas des privilégiés. Contrairement à la grande majorité des salariés pour qui le recours au CDD est limité par la loi, il est l’usage permanent pour eux. Leur emploi est, par nature, discontinu et leurs employeurs multiples. Le travail de nuit ou les dimanches ne sont pas rares. Leur revenu annuel moyen est de 8503 euros ; en euro constant, il a baissé de 25% en dix ans (Source Unedic). La précarité de ces artistes, techniciens ou administratifs est donc une réalité.

 

Non, les intermittents ne sont pas des agitateurs extrémistes. Parmi ces artistes, ces techniciens, ces administratifs, beaucoup sont cadres, diplômés, ingénieurs. On ne peut donc pas caricaturer les coordinations en simples mouvements anarchistes ou gauchistes. La réalité est beaucoup plus complexe que cela. Et quelles que soient les opinions politiques des uns et des autres, une chose est sûre : personne n’annule de gaité de cœur un spectacle qui est le fruit de mois de répétitions et souvent d’années de persévérance pour trouver les moyens de concrétiser un projet de création.

 

Non, il ne s’agit pas de revendications corporatistes. Indissociable du régime de l’intermittence, l’économie de la création et en particulier du spectacle vivant est fragile. En la cassant, on casse autant un bien commun pour les populations, un service public pour l’art et la culture, que l’outil de production de ses acteurs.

 

Oui, il y a de la colère aujourd’hui et une dangereuse montée de l’incompréhension et du mécontentement. Depuis plus de dix ans, professionnels et parlementaires (de gauche comme de droite) ont élaboré, au sein d’un comité de suivi, des propositions sérieuses, réalistes, justes et équitables pour sortir du marasme consécutif, aux annulations de festivals en 2003. Aucune de ces préconisations n’a été étudiée par les partenaires sociaux signataires de l’accord du 22 mars.

 

Oui, ce nouvel accord entérine les vielles injustices et les aggrave encore : ce sont les plus pauvres et les plus fragiles qui seront mis à contribution. Aucune des propositions de mutualisation ou de redistribution n’a été mise en œuvre.

 

Oui, il y un sentiment réel de trahison quand l’ensemble des membres du gouvernement qui apportaient leur soutien aux intermittents, quand ils étaient dans l’opposition, semblent aujourd’hui sourd aux inquiétudes légitimes et impuissants pour peser dans les négociations.

 

Oui, l’Art et la Culture représentent un secteur économique essentiel à notre pays : 3.2% du PIB (alors même que le budget du Ministère de la Culture représente 0.7% du budget de l’État), 58 milliards d’euros de valeur ajoutée (Source Inspection générale des finances, chiffres 2011), 670.000 emplois culturels en France dont 50.000 en Rhône-Alpes : c’est plus que pour l’Automobile et la Chimie ! …

 

Oui, c’est donc bien d’emplois dont il est question. D’emplois non délocalisables de surcroît, dans un secteur qui est une singularité et une fierté française et une source de rayonnement indéniable.

 

Enfin, ne nous laissons pas entraîner dans cette voie mortifère de la mise en concurrence de tous, dans ce discours généralisé des supposés avantages des uns par rapport aux autres (SNCF, EDF etc.) qui génère suspicions, frustrations et rivalités stériles et posons-nous la question de savoir à qui ces divisions profitent ? …

 

Deux équipes sont actuellement en répétitions dans nos murs pour le Festival d’Avignon. Deux auteurs européens vivants (un grec et un belge) y seront défendus par de tout jeunes artistes. L’horizon de l’annulation des festivals d’été est une folie délétère. Un scénario catastrophe : artistiquement, humainement, économiquement. Nous ne devons pas nous y résoudre.

 

Avec l’ensemble des directeurs de Théâtre public, nous demandons urgemment au gouvernement de trouver les moyens de l’apaisement et du retour à un dialogue où les professionnels doivent être associés aux négociations qui engagent pleinement l’avenir de notre secteur.

 

Comptant sur votre compréhension et votre soutien, je vous remercie de l’attention que vous porterez à ce message qui cherche à éclairer votre information et votre opinion.

 

                                                                                                                       Arnaud Meunier"

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France mère des arts, des armes et des lois.

Cela n'est peut-être pas très habituel, mais le militant culturel que je suis se sent très solidaire des inquiétudes relayées aujourd'hui par le Ministre de la Défense.

Du Bellay en son temps, dans ce beau vers, avait résumé définitivement une spécificité française. Dans une ville qui doit son existence même à la volonté militaire, qui n'a pas fini de mesurer l'effet de la perte de son tribunal, qui voit son autonomie culturelle menacée à court terme par le fait que son théâtre n'aura peut-être bientôt plus les moyens d'accueillir décemment des artistes, je n'aurai pas l'égoïsme de ne plaider que pour ma paroisse.

La saison qui s'achève était placée sous le signe de l'amour et de l'Europe. Nulle prise de position évidemment avant le vote de dimanche, sinon la réflexion que même pour un esprit qui ne craint rien d'un horizon fédéraliste, les spécificités historiques françaises méritent de ne pas être oubliées dans une grande braderie. Ceux qui veulent brader sont extrémistes : cela s'appelle l'ultralibéralisme, c'est une idéologie, elle a quelque chose d'extrême, elle est moins puissante et moins répandue qu'on peut le craindre.Le sens critique est là pour le rappeler.

Finissons avec Montesquieu : "si je savais quelque chose qui fut utile à mon pays et préjudiciable à l'Europe, ou bien utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime".

Vincent Léandri, 23/05/2014

 

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Visions d'Europe

 

Parue dans le supplément littéraire du 30 octobre du journal Libération, voici une tribune d'Erri De Luca qui donne un aperçu saisissant sur l'Europe d'aujourd'hui. Au moment où nous avançons dans la saison et où nous nous apprêtons à conjuguer les visions d'Europe du Nord aux approches plus méditerranéennes, il me paraît essentiel d'en recommander la lecture. Comment la mythologie, les récits les plus archaïques, peuvent-ils apporter une perception pertinente des actualités les plus brûlantes, aider à saisir ce qui se joue sous la surface mouvementée des actualités. Voici un texte que je n'approuve pas forcément, mais que je trouve stimulant et que j'admire.VL

 

http://www.liberation.fr/livres/2013/10/30/le-desert-eclaire-du-minotaur... ">http://www.liberation.fr/livres/2013/10/30/le-desert-eclaire-du-minotaure_943511

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